mercredi 4 août 2010

Pourquoi je publie chez P.O.L


Il y a quelques jours, lors d’une conversation en ligne, Adélaïde V. (elle-même éditrice) m’a demandé de lui expliquer comment j’étais arrivé chez P.O.L J’avais commencé à lui répondre et j’ai été interrompu. Quelques heures plus tard, j'ai écrit le texte qui suit.



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En 1978 (je suis étudiant en médecine mais j'écris depuis longtemps), je tombe dans un roman-puzzle fascinant, La Vie mode d'emploi. Je le dévore plusieurs fois, et je me mets à lire tout ce que son auteur, Georges Perec, avait écrit à ce jour et publie par la suite. W ou le souvenir d'enfance, Espèces d'espaces et Je me souviens, prennent bientôt dans mon panthéon intérieur une place aussi importante que La Vie... Et j'associe intimement Georges Perec à son éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, dont les initiales figurent dans le logo de la collection Hachette-POL.

 Un jour, je lis dans un numéro de la revue "L'Arc", qui lui est entièrement consacré, un entretien dans lequel G.P. déclare (je le cite de mémoire) : "Je pensais que je ne pourrais jamais être écrivain parce que je préférais lire Agatha Christie plutôt que Roger Martin du Gard, et quand j'ai appris que Le Quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durrell était inspiré par la théorie de la relativité, ça m'a foutu une pétoche pas possible." En lisant ça, je me suis dit : "Ce type est un type bien." Et j'ai eu envie de l'embrasser. Car, parce que j'avais surtout lu Agatha Christie et Conan Doyle et Maurice Leblanc et Isaac Asimov, j'étais persuadé que je n'avais pas le droit d'être écrivain.

Ainsi déculpabilisé, je m'auto-proclame "disciple" symbolique de Georges Perec et je me mets à écrire dans son sillage. Quand il disparaît brusquement, en 1982, je suis anéanti. Cette disparition, que j'apprends de manière stupide (à la radio, en trois secondes, alors que je rince une boîte de champignons), déclenche l'écriture d'un grand roman, Les Cahiers Marcoeur et me "travaille" beaucoup.

 En 1983, année où je commence à exercer la médecine et, simultanément, à écrire dans une revue médicale, des papiers "sentis" sur le métier de généraliste, Paul Otchakovsky-Laurens quitte Hachette et crée sa propre maison, P.O.L. Il prend pour sigle une figure du jeu de Go, le "Ko" (ou Eternité), qui figure dans un des chapitres "Escaliers" de La Vie mode d'emploi. Je repère immédiatement l'hommage et, pris d'un sentiment mêlé de gratitude, de reconnaissance, de complicité et de réparation, j'envoie à Paul Otchakovsky-Laurens une lettre manuscrite pour lui dire en substance "Moi qui ne suis qu'un lecteur lambda, j'ai été touché que vous rendiez hommage ainsi à GP qui était très important pour moi." Je lui demande s'il sait quand (et si) le roman inachevé de GP, 53 jours, sera publié. Et je signe : Marc Zaffran. Paul O.-L. me répond dans la semaine, très chaleureux, très ému lui aussi, il me dit que la publication de 53 Jours prendra du temps mais que tout le monde y travaille. Je garde sa lettre soigneusement, je peux même dire religieusement. (Je l'ai toujours, bien sûr...)

 Cinq ans et un certain nombre d'événements personnels plus tard, inspiré par mon activité dans un centre d'IVG, j'écris un roman intitulé La Vacation et je me demande à qui l'envoyer. Comme je le fais pour presque tout, j'explore les possibilités avant de me lancer (je devais d'ailleurs les avoir explorées depuis un certain temps, mais ça se télescope dans ma mémoire). Je décide, après avoir lu l'annuaire d'une association d'écrivains, le CALCRE (Comité des Auteurs en Lutte contre le Racket de l'Edition !!!) que l'attitude la plus raisonnable consiste, comme ils le conseillent, à envoyer un petit nombre de manuscrits, à quelques éditeurs qui publient des livres et auteurs que j'aime et apprécie, et à de petits éditeurs, qui sont toujours en recherche de nouveaux auteurs. Je fais une courte liste : Le Seuil (Collection "Fiction et Cie"), Maurice Nadeau (qui avait publié Perec), Minuit (bien sûr...) et deux petites maisons (Arléa et Alinéa). Je fais cinq enveloppes, et je me prépare à les poster.

 Un week-end (un samedi et un dimanche après-midi, si je me souviens bien), France Culture diffuse deux émissions de quatre heures, "Le bon plaisir..." dont l'invité est Paul Otchakovsky-Laurens. Comme je lis déjà chaque article où il est question de lui, je suis impatient de l'entendre parler. J'enregistre l'émission sur cassettes pour pouvoir l'écouter dans ma voiture. Le lundi suivant, je pose mes cinq enveloppes sur le siège du passager dans ma voiture et je me rends à mon cabinet médical. La poste est sur mon chemin. Avant de démarrer, j'insère la cassette de la première émission et, avant même le générique de présentation, j'entends Paul O.-L. répondre à deux questions de Jean Daive (poète et écrivain, producteur de l'émission) : "Qu'est-ce qu'un écrivain ?" Paul O.-L. : "C'est quelqu'un qui permet à la langue de ne pas mourir." Daive : "Qu'"est-ce qu'un éditeur ?" Paul : "C'est quelqu'un qui présente des écrivains aux lecteurs..." Et je me dis : "Le Maurice Nadeau, le découvreur d'écrivains d'aujourd'hui, c'est lui." (Pour celles et ceux qui ne sont pas familiers du travail éditorial de Maurice Nadeau, précisons que c'est lui qui publia, entre autres, Extension du domaine de la lutte, le premier roman très remarqué de Michel Houellebecq.)

Je poste les quatre premières enveloppes et, le jour-même ou le lendemain, j'en fais une à l'adresse des éditions P.O.L. J'accompagne mon texte d'une lettre manuscrite, que je signe "Martin Winckler", pseudo que je me suis choisi depuis quelques années en hommage à G.P. C'est une simple lettre de présentation. Je ne lui rappelle pas l'échange de 1983. Je ne parle pas de Perec. Le roman, lui, y fait allusion (dans un chapitre sarcastique, Bruno Sachs fantasme de publier son livre sept ans après la mort d'un écrivain qui l'a beaucoup marqué, et chez le même éditeur... ). J'envoie ma dernière enveloppe et j'attends.

Quinze jours ou trois semaines passent. Bref, j'attends, et je me dis "Bon, de toute manière je ne serai jamais écrivain, le truc que j'ai écrit n'a pas grande valeur, autant que je me fasse une raison." Un soir, je rentre chez moi (j'habitais une fermette isolée à quelques kilomètres de mon cabinet) et je me dis : 'Peut-être qu'un jour je rentrerai et qu'il y aura une lettre me disant "Nous avons le regret..." Et là, j'ai un pied hors de la voiture, et mon épouse d'alors sort sur le pas de la porte et me dit : "Tu as reçu un coup de téléphone de Monsieur Paul Otchakovsky-Laurens, des éditions POL" Et je lui réponds, de mauvaise humeur  : "C'est pas gentil de te moquer de moi". Et elle "Mais non mais non, c'est vrai." Et moi "Qu'est-ce qu'il a dit ?" Elle :  Il a demandé quand il pouvait te joindre, j'ai dit qu'il te rappelle demain matin très tôt, à 7h30."

Or, nous avions deux lignes téléphoniques, une ligne qui figurait dans l'annuaire, pour les patients, et l'autre qui était sur liste rouge pour la famille. J'avais indiqué la ligne "privée" dans ma lettre signée "Martin Winckler". Cette nuit-là je ne dors pas. Le lendemain, à 7 h 30 la ligne privée sonne, je réponds et j'entends : "Est-ce que je pourrais parler au Docteur Zaffran ?" Et moi (étonné, puisque c'est la ligne privée) : "C'est moi..." Lui : "Ici Paul Otchakovsky-Laurens..." Moi : "Ah, ça mais comment... Je vous ai pas donné mon nom dans la lettre !"

 Et il me raconte : "D'abord, je voudrais que vous m'excusiez (!!!!) J'ai mis du temps à vous répondre parce que vous m'avez envoyé votre roman à notre ancienne adresse, on a déménagé, sinon, je vous aurais appelé plus tôt, parce que voyez-vous j'ai lu votre manuscrit dès que je l'ai reçu – avec un pseudonyme comme "Martin Winckler", qui fait référence à Perec, forcément, ça a attiré mon attention - et je l'ai lu d'un trait et en arrivant au passage (vers la fin) où Bruno imagine qu'il recontre l'éditeur de l'écrivain qu'il admirait, je me suis souvenu de vous. J'avais gardé votre lettre, celle que vous m'avez écrite il y a cinq ans. Je me suis souvenu que vous étiez médecin. Je me suis dit : c'est le même homme. J'ai retrouvé votre lettre, j'ai comparé l'écriture, j'ai compris qui vous étiez... Voilà."

(Grand silence.)

"Alors, dit-il, j'aimerais vous rencontrer parce que j'aime beaucoup votre manuscrit, mais prendre la décision de publier un livre, c'est difficile, et j'aime rencontrer les écrivains avant de prendre une décision..." Et moi "Bien sûr, quand vous voulez, mais oui, tout de suite !" (ou quelque chose d'équivalent). J'entends bien sa réserve mais à aucun moment je n'ai le sentiment qu'il veut d'abord voir ma tête pour savoir s'il me publie, c'est autre chose. Aujourd'hui, je pense, très simplement, et je peux dire que je sais : il n'aime pas seulement publier les livres qu'il "aurait voulu écrire" (comme je l'ai entendu dire de sa bouche), mais il aime publier des écrivains, et leur offrir son amitié. Il n'oublie jamais qu'il a affaire à des personnes.

 Il ajoute, un peu inquiet : " A qui avez-vous envoyé votre manuscrit ?" Je lui donne le nom des autres éditeurs.
 - Si Jérôme Lindon (fondateur des éditions de Minuit) vous appelle, vous voudrez bien en parler avec moi avant de lui donner une réponse ?
- Non, si Jérôme Lindon m'appelle, je lui dirai que c'est vous qui le publiez !"

La réponse m'est venue comme ça. Il faut préciser qu'à l'époque, P.O.L est une petite maison, qui n'a que cinq ans d'âge et n'a pas encore à son palmarès tous les succès de librairie et la réputation  qu'elle a aujourd'hui parmi les lecteurs – ou qu'avait, par exemple, Minuit à l'époque. L'auteur P.O.L le plus connu en 1988 est René Belletto : Sur la terre comme au ciel (1982) a été adapté par Michel Deville au cinéma en 1985 sous le titre de Péril en la demeure ; L'Enfer a remporté le Prix Fémina en 1986. Du point de vue de la "notoriété" littéraire (me fait remarquer mon épouse d'alors, très attachée à ce genre de détail) il serait bien plus valorisant de paraître sous couverture Minuit que sous couverture P.O.L. Mais je m'en fous complètement. Tout ce que Paul O.-L. venait de me dire (et aujourd'hui, je me souviens de ce que je vous ai décrit ci-dessus, pas d'une seule des choses positives qu'il m'a certainement dites au sujet de mon manuscrit) m'a fait penser : " Alors que je ne voulais pas jouer sur la "complicité" de la lettre que j'avais écrite cinq ans plus tôt, il m'a percé à jour, et il aime mon livre. Si c'est pas un signe, je veux bien être pendu ! Je ne veux pas être publié par quelqu'un d'autre que cet homme-là. "

(Plusieurs mois plus tard, quand je me suis rappelé cette conversation, je me suis dit en riant : "D'ailleurs Jéröme Lindon n'appela pas...")

 Le sentiment de compréhension et de reconnaissance mutuelle se poursuit le jour où je vais le voir dans les locaux de la Villa d'Alésia que P.O.L occupait à l'époque. Je revois Paul posant la main sur mon manuscrit et me dire : "Je le publie sans que vous changiez une virgule" (J'en ai changé quelques-unes tout de même, faut pas déconner...) "mais je voulais vous dire, et j'espère que vous n'allez pas le prendre mal, que je l'ai lu comme un roman d'Agatha Christie." Je l'aurais embrassé. Ce qu'il me disait, il ne le savait pas, résonnait profondément en écho à ce que j'avais lu sous la plume de Georges Perec, quelques années plus tôt, et qui m'avait libéré et "autorisé" à écrire. J'ai surtout lu de la littérature populaire. C'est elle qui m'a "fait". Je suis heureux qu'on me lise comme on lirait un auteur de littérature populaire.

 Cette réception de mon manuscrit, et de ma personne, par Paul, n'était pas dans mon esprit un "accomplissement". Plutôt un début. Aussi curieux que ça puisse paraître, il m'a fallu encore longtemps (bien après La maladie de Sachs) pour oser dire que j'étais écrivain. J'avais beau avoir été publié par lui, je ne me sentais pas encore "digne" des écrivains qui portaient le "Ko", que je lisais et qui, à mes yeux, avaient beaucoup plus de valeur que moi.

 La Vacation a été publié en mars 1989, sept ans après la disparition de Georges Perec. La même année, P.O.L publie 53 Jours, roman inachevé de G.P., reconstitué par Harry Mathews et Jacques Roubaud. La publication de mon roman n'était pas de la complaisance sentimentale de la part de Paul : l'année d'après, je lui ai apporté Les Cahiers Marcoeur, que j'avais enfin terminé, et il l'a refusé, avec délicatesse, en m'expliquant pourquoi, et en faisant tout ce qu'il pouvait pour que je ne me sente pas découragé. (Et j'avais des raisons de l'être : c'était un roman du grand Tout, un roman-deuil, plus gros encore que Le Choeur des Femmes, et je bossais dessus depuis presque dix ans). Je sais qu'il a bien fait de le refuser, car ce livre n'était pas suffisamment achevé pour que Paul et P.O.L le publient.

Mais  je sais aussi que, pendant les neuf années qui ont suivi, je n'ai jamais entendu Paul me traiter autrement que comme un écrivain de la maison. Avec amitié et respect. Sans cela, je ne crois pas que j'aurais eu la force, pendant cinq ans, chapitre après chapitre, d'écrire La Maladie de Sachs. Je savais que quelqu'un attendait mon livre. Je n'étais pas sûr qu'il serait suffissamment achevé pour être publié, mais je savais qu'il était attendu, et qu'il serait lu. Et depuis, chaque fois que j'écris un livre qui me tient à coeur et qui sort du néant, j'écris toujours dans cette perspective : Paul l'attend, et il le lira.

 Entre mes deux romans, j'ai beaucoup traduit, et en particulier deux livres et demi pour P.O.L : La maîtresse de Wittgenstein de David Markson, Le Journaliste de Harry Mathews, et la moitié d'un recueil de Harry intitulé Cuisine de Pays. Pour ce recueil (qui chronologiquement, fut ma première traduction pour P.O.L), Paul et Harry m'ont fait traduire, à titre d'essai, un texte intitulé "Abanika, Traditore" … qui avait été traduit, une première fois, dix ans plus tôt, par... Georges Perec, pour le fameux numéro de "L'Arc" dont je parlais plus haut (réédité en volume chez Hachette Littérature). Harry Mathews était un ami intime de Georges Perec, qui a traduit avec lui Les verts champs de moutarde de l'Afghanistan (Tlooth) et Le naufrage du Stade Odradek (The Sinking of the Odradek Stadion). Mathews et Perec, un jour, ont rédigé ensemble, d'enthousiasme, une déclaration affirmant qu'ils ne changeraient jamais d'éditeur et publieraient toujours chez Paul.

 Depuis vingt ans, j'ai publié beaucoup de livres, pas tous chez P.O.L. Mais tous mes livres de littérature, ceux que j'écris par nécessité intérieure  – et non pour gagner ma vie – sont publiés par P.O.L. Certains ont rencontré beaucoup de succès, d'autres beaucoup moins, mais je suis fier de chaque virgule imprimée sous cette couverture blanche. (Je suis très fier des parenthèses, aussi...) Je ne me vois pas publier chez quelqu'un d'autre.

Paul ne m'a jamais "pressé" de lui remettre un livre. Quand je l'ai fait attendre neuf ans, il a attendu neuf ans. Quand j'ai recontré un succès phénoménal il m'a dit "Ne vous sentez pas obligé d'écrire "Sachs, le retour", parce qu'on l'attend de vous. Ecrivez ce que VOUS voulez écrire." Chaque fois que j'ai eu un doute sur le livre suivant que je voulais écrire, il m'a invité à aller déjeuner avec lui et m'a demandé de lui décrire ce sur quoi je travaillais et, en parlant avec lui, j'ai compris où j'allais. Paul fait de l'édition personnalisée. Il aime accompagner les écrivains. Il aime les relations d'amitiés. Et, même si son influence a grandi avec les années, ce n'est pas du tout un homme de pouvoir. Bref, c'est quelqu'un pour des écrivains comme moi, qui ne sont pas sûrs d'eux, qui se demandent toujours où ils vont, et qui aiment qu'on les écoute sans les juger.

 Je passe chez P.O.L quand je veux, je suis toujours bien accueilli, on me demande de mes nouvelles, on me donne celles de la maison, Paul me dit "Je vais publier un (ou deux) premiers romans sen-sa-tion-nels (il dit toujours des romans qu'il publie qu'ils sont sensationnels...), lui ou Jean-Paul, ancien libraire devenu éditeur et ange gardien des écrivains P.O.L me montrent les bouquins qui viennent d'arriver en me disant "Il faut lire ça" et je repars avec mon sac qui déborde. Je sais qu'il en va de même pour tous les écrivains de la maison. Chez P.O.L, les écrivains sont chez eux.

 Ce que je vais écrire à présent, je l'écris en sachant que ça va sûrement le faire rougir de confusion, mais je tiens à l'écrire pour qu'il puisse le lire, je ne veux pas courir le risque de disparaître (ou, à Dieu ne plaise, de le voir disparaître) sans l'avoir écrit une fois pour toute : Paul est un homme exceptionnel. En tous points. Editorialement et humainement. Il est courageux, engagé, fidèle à lui-même et aux écrivains qu'il publie, loyal en toutes circonstances et il faut le blesser profondément pour qu'il envisage de rompre.

Chaque fois que j'ai entendu parler d'une "brouille" entre Paul et l'un de ses écrivains (et j'ai entendu ça... trois fois en vingt ans), ce n'était jamais un "différent littéraire" qui en était la cause, mais la rupture de la relation d'amitié. Mais Paul n'est pas un ami qui publie ses amis. C'est un éditeur, qui publie des écrivains qu'il estime et des livres qu'il aime et qui, lorsque les écrivains le veulent, se lie d'amitié avec eux. 

Aujourd'hui, je suis heureux et fier de pouvoir écrire en sachant que, comme nombre d'écrivains que j'aime et que je lisais bien avant d'être publié par lui – Georges Perec, Harry Mathews, Emmanuel Carrère et René Belletto et bien d'autres – je suis un écrivain P.O.L, mais aussi l'ami de Paul Otchakovsky-Laurens et de celles et ceux qui travaillent avec lui – et donc, avec tous les écrivains maison : Antonie Delebecque, Vibeke Madsen, Thierry Fourreau, Jean-Paul Hirsch.

 Le Choeur des femmes était (en comptant les traductions, qui sont aussi de la littérature) mon dixième livre chez P.O.L, vingt ans après La Vacation. Je n'ai pas fini de publier. J'ai encore beaucoup de livres de littérature à venir. J'en ai deux en travail, en ce moment.

Et j'ai hâte de les terminer : Paul les attend.

Mar(c)tin Winckler

 Montréal, le 4 août 2010

26 commentaires:

  1. Cher Docteur Sachs & autres alias
    Nous aussi on les attend vos prochaines livres!
    Amicalement.
    Véronique, Doc tourangelle, lectrice d'Agatha et d'Isaac aussi, et fidèle supportrice de vos écrits.

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  2. C'était donc vous !

    Je me souviens de la Maladie de Sachs, on nous l'avait fait lire en première année de médecine. Je me souviens de votre intervention à la fac de médecine de Tours, ce devait être... en 98 ou 99, je pense.

    Maintenant je suis infirmier, mais il doit me rester quelque chose de cette lecture, je me souviens qu'elle m'avait marqué.

    D'ailleurs je n'ai plus le livre : je ne sais plus s'il se trouve chez mon ancienne compagne, ou chez mon père, médecin généraliste.

    Mais vraiment, le monde est petit !

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  3. Quel bonheur de vous lire.
    Et quelle belle découverte pour moi que ce blogue, grâce à Geneviève Lefebvre, qui a transmis l'adresse via FBook.
    Vous comptez désormais une nouvelle abonnée!
    Diane

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  4. Nous aussi nous avons hâte que vous les terminiez ! Nous aussi nous les attendons ! Votre lectorat pourrait-il se surnommer "les Paul's" ?

    (l'"épouse d'alors" m'a fait penser amusée à Georges Simenon avec "Madame Maigret"...)

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  5. Mais c'est une lettre d'Amour !!! :)

    C'est beau.

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  6. @ Antonine : "Les Paul's", c'est une idée marrante, oui...

    @ Marieke : On peut dire ça...

    @ Diane et Véronique : Ca vient, ça vient... (Heureusement que les lecteurs/trices me les réclament les bouquins, puisque Paul, lui, ne me presse jamais...)

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  7. Beaucoup d'émotion, encore et toujours, de lire les liens qui se forment, entre un livre et un lecteur, entre un auteur et un lecteur, entre un éditeur et un auteur et leurs futurs lecteurs... Se dire que les mots peuvent amener à de si belles histoires... c'est magique.

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  8. Je ne sais pas si les envois de manuscrit par email ont supplantés ceux par voie postale (je ne crois pas), mais la Poste, avec des belles histoires comme la votre, a encore de beaux jours devant elle !

    Et à quand un Winckler éditeur ? (puisque c'est déjà un peu le cas sur ce blog)

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  9. PS (oui j'ai lu http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=691 mais après, j'envoie toujours trop vite mes commentaires ! )

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  10. j'imagine que vous avez de la chance, les relations éditeur-auteur ne doivent pas toujours être aussi honnêtes. J'ai lu Romance nerveuse où l'auteur lui fait un procès. C'est intéressant/émouvant de lire votre point de vue aussi.

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  11. @Tutim Oui, les relations ne sont pas toujours aussi simples. Honnêtes ? Je ne crois pas que ce soit le problème. Parfois, on porte en soi des conflits intérieurs si profonds qu'ils ne peuvent pas être résolus autrement que par une rupture.

    Je n'ai pas lu "Romance Nerveuse" mais j'ai suivi l'histoire avant qu'elle n'éclate dans la presse, j'en ai été le témoin auditif (j'ai entendu le point de vue de Camille Laurens, et j'ai entendu le point de vue de Paul et de Marie Darrieussecq). C'est donc en connaissance de cause que je peux dire que lorsqu'il y a eu rupture entre Paul et un(e) écrivain(e) ce n'était pas un problème littéraire. C'était une question de relation. Je crois que dans tout conflit, il ne peut y avoir de conciliation (ou de réconciliation) que quand on est deux à vouloir renouer...


    @ JS : LEs envois par voie postale continuent, bien sûr, et c'est ce que je conseille aux écrivains d'aujourd'hui : c'est plus facile de lire un manuscrit arrivé par la poste qu'un fichier courriel (qui faut imprimer, de plus).

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  12. @ JS encore : Non, vraiment je ne saurais pas être éditeur. Ici, je ne fais pas de l'édition. Comme vous le voyez, les contributions arrivent en nombre raisonnable... C'est un lieu d'expression et ce qui me plaît c'est qu'il soit spontané, indépendant de toute notion de profit, et ouvert à qui veut. Une maison d'édition, par nature, doit gagner de l'argent (pour publier d'autres livres), opérer des choix, et exercer un filtrage. TOutes choses que je ne voudrais pas faire...

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    1. merci de garder la spontanéité du site

      mb

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  13. C'est une très belle histoire, comme vous savez bien les raconter.

    Ca donne envie de rencontrer le monsieur.

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  14. ah bien sûr, je suis tout à fait d'accord avec vous quand vous dites qu'il faut être deux pour renouer. Et je n'ai aucun avis sur cette histoire, c'est par hasard que j'ai lu ce roman et c'est en lisant votre post que j'ai réalisé qu'il s'agissait du même homme. En fait j'ai même plus confiance en votre témoignage qu'en celui d'un réglement de compte romancé. Bref. Quand je parlais d'honnêteté, je parlais de l'édition en général.

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  15. Editeur, un des plus beaux métiers.

    Même si je connaissais toute cette histoire, ces histoires plutôt, mais que je ne sais plus où vous les avez racontées.

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  16. (A propos de pourquoi vous publiez chez POL)

    C'est un portrait assez enthousiasmant en effet. Mais comme je suis un peu, heu, pessimiste, et surtout parce que j'ai l'esprit de contradiction (ah la la, je n'arrive pas à m'en défaire !), je vois tout de suite un risque dans ce genre d'histoire d'amitié magnifique.

    Imaginons une personne très enthousiasmante qui un jour fait une petite ou moyenne ou grosse faute. Cette personne aura un tel capital de sympathie qu'on la lui passera facilement; d'ailleurs on n'en parlera même pas... Et du coup cette personne risque de recommencer, puisque personne n'a voulu dire que faute il y avait ! Dans le pire des cas ça peut s'aggraver, et devenir un tabou...

    Je mets ce commentaire un peu acide non seulement pour éviter que ce blog ne soit un peu confit dans le sucre, mais aussi pour faire prendre conscience de ce risque, inhérent à toute relation humaine bien sûr: la peur de détruire l'image idéale qu'on a d'une personne en affrontant la réalité. Les meilleurs amis sont ceux qui sont capables de dire aussi les vérités désagréables.

    Sinon il est vrai que j'attends avec plus d'impatience vos prochains livres chez POL que vos prochains livres chez d'autres éditeurs, car je préfère de loin ceux qui sont édités chez POL.

    (Sinon vous avez oublié de dire que Maurice Nadeau avait été le premier éditeur de Perec.)

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  17. @Alexis
    Je n'ai pas dit que Nadeau a été le premier éditeur de Perec parce que je n'y ai pas pensé...
    Merci de me l'avoir rappelé.
    Mar(c)tin

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  18. Encore un petite info à corriger, sur les Editions de Minuit qui n'ont pas été fondées par Jérôme Lindon; je cite Wikipedia :

    "Les Éditions de Minuit sont une maison d'édition française, fondée par Jean Bruller et Pierre de Lescure en 1941, pendant l'Occupation allemande de la France.(...)Ces éditions ont fonctionné clandestinement jusqu'à la Libération, publiant 25 œuvres d'écrivains de la Résistance, contournant ainsi la censure et la propagande de Vichy (notamment La Nouvelle Revue française). Plus neutre politiquement que Pensée Libre (démantelée par les Allemands), les éditions étaient ouvertes aux auteurs gaullistes et communistes. En 1944, les Éditions de Minuit reçoivent le Prix Femina en tant qu'éditeur, chose unique dans l'histoire de ce prix littéraire.(...)
    Après la guerre, la maison d'édition a été dirigée par Jérôme Lindon de 1948 à sa mort en 2001. Elle est depuis dirigée par sa fille Irène Lindon."

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  19. Et voilà, je ne sais par quels chemins, je me retrouve sur ce blog et là, quel plaisir de vous lire d'apprendre . Je choisis souvent les livres que j'achète selon les éditeurs métier que j'envie et jalouse et qu'évidemment, je serai incapable d'exercer. Ce soir est une belle soirée pour moi, je vous ai découvert une autre facette, écrivain bien sûr, éditorialiste radio que je ne ratais pour rien au monde sur france inter. Merci M. Winckler, Mar(c)tin

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  20. on se trouve ce soir à rentrer de la poste après avoir déposé l'enveloppe, la première, du premier roman, qui file maintenant vers cette maison dont on aime les auteurs... alors un salut au docteur, et le cœur qui bat, fort

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  21. Allo Marc,
    simple curiosité, vous vivez à Montréal où n'étiez-vous que de passage?
    J'ai dévoré le Choeur des femmes (drôle de phrase!). Je suis un admirateur. Je N'ai lu qu'un livre de vous mais c'est suffisant pour justifier mon admiration, un feeling aussi.
    Michel

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  22. Je vis à Montréal depuis 2009. Heureux que vous ayez lu et aimé "Le Choeur des Femmes", écrit à montréal, comme le livre suivant, "Les INvisibles". Et les suivants, si tout va bien.

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  23. Corinne Marchois23 octobre 2012 à 12:23

    Très bel hommage à P.O.L qui me touche d'autant plus que je partage ce sentiment envers ce grand monsieur.
    Les livres P.O.L restent mes petites madeleines de Proust !

    Allô Edmond ? C'est toi, Edmond ????

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