mardi 18 juillet 2017

Chansons pour les soignant.e.s





Ne t’en fais pas, tout ira bien


A Marie-Pascale D.



À quoi ça sert de vouloir me convaincre
Tu sais, je n’ai plus envie

À quoi ça sert de vouloir me convaincre

J’aimerais que ce soit fini
Quand le soleil se couchera ce soir
Ce sera sur la fin de mon histoire
J’ai atteint le bout du chemin
Ne t’en fais pas, tout ira bien. 



A quoi ça sert de parler de lumière

A qui ne veut plus rien voir
A quoi ça sert de me parler de lumière
Je veux dormir dans le noir
Mais avant la nuit je voudrais te dire
Tout ce que je n’ai jamais pu te dire
Ecoute-moi, tiens-moi la main
Ne t’en fais pas, tout ira bien. 



Moi j'ai choisi de partir à mon heure

Et pas en me consumant
Oui j'ai choisi de partir à mon heure
Ma flamme soufflée par le vent

Car je voudrais m’éteindre sans souffrir
Sans faire durer mon tout dernier soupir
Goûter le temps qui est le mien
Ne t’en fais pas, tout ira bien


Je n’attends pas que tu verses des larmes
Parce que j’ai voulu mourir
Je n’attends pas que tu verses des larmes
Je préfère te voir sourire
Sur la route mon souvenir t'attend

Il t’accompagnera, toi, tes enfants
Quand vous vous lèverez demain
Ne t’en fais pas, tout ira bien




****





Les Généralistes


Pour Franck W. et Olivier M. 


On les suce jusqu’au sang et pourtant ils résistent
En ville à la campagne, en banlieue, à l’hosto
Et pourtant à l’hosto, ça compte pour zéro
Les généralistes

Ils sont faits pour soigner
Les femmes et les enfants
Ils ont bossé si fort
Et doivent bosser encore
Ils ont le cœur si grand
De leurs rêves militants
Et leur âme est gonflée
De générosité

On les suce jusqu’au sang et pourtant ils résistent
Et on dit qu’ils font rien ou bien qu’ils font si peu
Quand ils prennent la main d’un pauvre malheureux 
Les généralistes

Ils ont posé cent fois
Pour que dalle et pourquoi ?
Leur foutu stéthoscope
Sur tous les cœurs qui toquent
Ecouté les murmures
Attelé les fractures
Ils ont pansé si fort
Qu'ils peuv'nt panser encor

On les suce jusqu’au sang et pourtant ils résistent
Et s'il faut en venir à des coups d' pied au cul
Faudrait pas oublier qu' ça descend dans la rue
Les généralistes

Ils ont un drapeau blanc
Qui flotte dans le vent
Et puis la rage au coeur
Pour une vie meilleure
Des cellulaires usés
Pour la fraternité
Des stylos pour signer
En solidarité

On les suce jusqu’au sang et pourtant ils résistent
Mais ils se tiennent bien, bras dessus bras dessous
Joyeux et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout
Les généralistes

(Léo Ferron)






La Grippe

Confrères, le temps n’est pas venu
De faire des stocks de Tamiflu
Même si la grippe est revenue

Pasteur, cesse de t’frotter les mains
On n’a pas besoin d’tes vaccins
Même si la grippe est revenue

Vous les potards vous les pharmas
J’vous dis qu’des masques il n’en faut pas
Même si la grippe est revenue

Mes patients, ne vous en faites pas
Vous pouvez tous compter sur moi
Même si la grippe, elle est bien là.

Docteur, docteur, ne t’emballe pas
On sait que toi tu seras là
Quand la grippe sera revenue

Mais Docteur, j’arrête pas de ressasser
Qu’elle est plus grave que l’an dernier
La grippe qu’est revenue

Docteur, j’arrête pas d’gamberger
Je m’souviens qu’elle m’a épuisé
La grippe qu’est revenue

Mes patients, ne paniquez pas
Puisque j’vous dis qu’il ne faut pas
Même si la grippe, elle est bien là.

Toi la télé, reste tranquille,
Ne fais donc pas l’imbécile,
Même si la grippe est revenue

Toi la télé ne clame pas
Qu’c’est la peste et le choléra
Cette grippe qu’est revenue

Toi la télé, ne répète plus,
"Faut vacciner faut sauter d’ssus
Tous les patients qui éternuent"

Toi la télé nous parle pas
D’antibiotiques à la Papa
Car pour la grippe, il n’en faut pas ! 

Confrères, préparez les clystères
Les praticiens vont en enfer
La grippe est revenue

Pasteur, tu peux t’frotter les mains
Devant les commandes de vaccins 
La grippe c’est ton rev’nu

Toi le potard, toi le pharma
Vends donc des masques à tour de bras
La grippe est revenue

Les patients, j’en ai jusque là  
Je tousse ma rage encore une fois
Maudite grippe puisque te v´là, te v´là, te v’là !






Chanson pour les soignant.e.s

1.
Elle est à toi, cette chanson
Toi la voisine qui sans façon
A souri en m’ouvrant ta porte
Alors que je me croyais morte

Toi qui n'as pas renchéri quand
Les nantis et les bien-pensants
M’ont traitée d’putain, de traînée
Quand j'ai dit qu'on m'avait violée

Ce n’était rien qu’un bon sourire
Mais il m’a réchauffé le coeur
Et tu as apaisé ma peur
Quand j’ai cru que j’allais mourir

Toi la voisine, quand tu mourras,
Quand le croque-mort t’emportera
Que ta mémoire soit honorée
Pour l’éternité

2.
Elle est à toi cette chanson
Toi l’infirmière qui sans façon
M’a rassurée quand j’ai osé
Dire que j’voulais avorter

Toi qui ne m’as pas jugée quand
Les nantis et les bien-pensants
M’ont dit « Tu le regretteras »
Alors que je n’en voulais pas

Tu n’as fait que tenir ma main
Mais tu m’as réchauffé le cœur
Et réconfortée comme une soeur
En parlant de mes lendemains

Toi l’infirmière quand tu mourras
Quand le croque-mort t’emportera
Que ta mémoire soit honorée
Pour l’éternité


3.
Elle est à toi cette chanson,
Toi l’avorteur qui sans question
M’a dit oui pour le stérilet
Que tout le monde me refusait

A toi qui m’as soutenue quand
Tous les praticiens bien-pensants
S’ingéniaient à me répéter
Que ça me mettrait en danger 

Ce n’était rien qu’un stérilet
Mais il a préservé mon corps
Et dans mon ventre il flotte encore
Etendard de ma liberté

Toi l’avorteur, quand tu mourras,
Quand le croque-mort t’emportera
Que ta mémoire soit honorée
Pour l’éternité





lundi 17 juillet 2017

Confessions d'un planqué - par Martin Winckler, pseudonyme de l'innommable Docteur Marc Zaffran


Ce n'était rien qu'un stérilet 
Mais il a préservé mon corps, 
Et dans mon ventre il flotte encore,
Etendard de ma liberté. 

Georgette Brassens - Chanson pour les soignant.e.s 



Ce midi, 17 juillet, sur les ondes de France Inter, au cours d'une émission sur la maltraitance médicale, une gynécologue française (je ne me rappelle pas son nom, mais c'était quelqu'un d'important, sûrement) aurait déclaré à mon sujet que j'étais un "planqué" qui "n'avait fait que des frottis et posé des stérilets" pendant toute sa carrière.

Cette déclaration publique (que je n'ai pas entendue, mais qu'on m'a rapportée via les réseaux sociaux) m'a touché en plein coeur. 

Je suis effondré. 

J'ai pensé me défendre en disant "Non, non, j'ai pas volé l'orangeje me suis contenté d'écouter les patientes..." Mais je vois à quel point ça serait pire : dire que je me suis souvent contenté d'écouter, ce serait reconnaître que je n'ai rien fait. Rien de rien. Car écouter, ce n'est pas un acte digne d'un médecin voué à la santé des femmes... 

Bref, ce serait admettre que je n'ai été, pendant toute ma carrière, qu'un abominable paresseux qui se tournait les pouces... 

Mais l'heure est venue. Je ne peux plus refuser de reconnaître mes fautes. Il est temps pour moi de faire face au jugement suprême. 

Car cette gynécologue (dont je ne me rappelle pas le nom mais de grande qualité, sûrement) a raison. Ses paroles ne sont pas de la diffamation mais la plus stricte vérité. 

Au fond de ma planque à Montréal, dans cette cabane sombre et humide où je pensais être à l'abri, je me sens aujourd'hui si mortifié que j'ai décidé de me confesser, une fois pour toutes, en espérant que mes fautes me seront pardonnées. A moitié, au moins, puisque c'est ça le tarif. 

Alors voilà. 

Mea Culpa. J'avoue. 

Pendant toute ma carrière, j'ai fait des frottis. Alors même que je n'étais pas obligé de les faire, puisque c'était une tache (pardon, une tâche) sacrée réservée aux gynécologues et que je n'étais qu'un misérable généraliste de campagne et de centre de planification (j'ai des frissons rien qu'en l'écrivant). 

J'en ai fait à toutes les femmes qui me le demandaient. Mais (crime supplémentaire) je n'en ai pas fait assez : je n'en ai pas fait tous les ans, ou deux fois par an comme certains gynécologues (très respectables, sûrement) le faisaient systématiquement aux adolescentes. Je n'en ai fait qu'à partir de 25 ans. Et seulement une fois tous les trois ans. Ce n'était pas seulement impardonnable (car je suivais en cela les recommandations internationales, et non celles de notre Sainte-Mère l'Eglise Gynécologique de France) mais aussi une manifestation de paresse. Je n'étais pas encore planqué, mais je m'y préparais activement. En ne faisant pas déshabiller systématiquement les femmes qui se présentaient devant moi. 

Pire encore : je ne faisais pas de frottis aux femmes (de toutes confessions) qui préféraient ne pas se déshabiller devant un homme ; je confiais ce soin à l'une des rares internes qui commettaient l'erreur de pénétrer dans l'antichambre de l'enfer qu'était notre centre. Non content de commettre ces péchés, j'y entraînais des âmes innocentes. 

Et ce n'est pas tout. 

Mea Culpa. J'avoue. 

Pendant toute ma carrière, j'ai posé des stérilets. Beaucoup de stérilets. A beaucoup de femmes. De tous les âges et de toutes les origines. Pour tout dire, j'en ai posé à presque toutes les femmes qui me l'ont demandé ! (Oui, car presque toutes les femmes peuvent se faire poser ce dispositif diabolique !) 

J'en ai posé (Dieu me pardonne !) à des femmes sans enfant, qui avaient parfois 14 ou 15 ans et qui ne voulaient pas ou ne pouvaient pas prendre la pilule. 

Et non seulement j'ai posé des stérilets aux femmes sans enfant, mais je leur ai dit qu'elles n'avaient pas besoin de revenir tous les quatre matins vérifier que tout aller bien. Que si elles se sentaient bien, c'est que tout allait bien. Bref, qu'elles n'avaient pas besoin de moi ! Quelle infâmie que de laisser entendre à des âmes sans défense qu'elles n'ont pas besoin de médecin !!! 

Quelle hérésie ! Combien d'innocentes ai-je ainsi condamnées à la salpingite fulgurante, à la grossesse extra-utérine, à la perforation mortelle ? Je ne le sais. Je le saurai seulement le jour du jugement dernier, je pense. 

Et s'il n'y avait que ça ! 

Mea Culpa. J'avoue ! 

J'ai retiré des stérilets posés par d'autres médecins.
A des femmes qui disaient qu'on leur avait imposé un Mirena (hormonal) alors qu'elles auraient voulu un stérilet au cuivre, et qu'elles ne le supportaient pas -- et je les ai crues ! 

J'ai aussi (God Almighty !!!) posé des implants. Et retiré des implants posés par d'autres médecins (qui parfois condescendaient à en poser un à des femmes qui insistaient, en leur précisant que si elles voulaient le faire retirer, il fallait qu'elles se débrouillent). Et je les retirais dès que les femmes le demandaient ! Je faisais des "retraits de confort" !!! 

Quel misérable j'ai été d'être aussi anti-confraternel !!! 

Mais il y a pire. Bien pire. 

Mea Culpa. J'avoue. 

Pendant près de deux décennies, j'ai pratiqué des avortements. 

Certaines années, deux fois par semaine. Entre trois et cinq par vacation. J'en faisais même l'été, pour remplacer des confrères absents. J'ai pratiqué plus d'avortements que je n'ai posé de stérilets. Et parfois, en plus de ce geste innommable, quelques semaines plus tard je posais un stérilet ou un implant aux femmes que j'avais avortées ! 
A leur demande ! 

Pendant toute ma carrière j'ai reçu des femmes qui demandaient un avortement, et je ne les ai pas jugées. Je ne leur ai même pas suggéré qu'elles étaient de pauvres âmes égarées. Je n'ai pas fait peser sur elles la perspective de souffrir toute leur vie de remords, de culpabilité et de syndrome post-traumatique. Je ne leur ai pas dit qu'elles le regretteraient. Je ne leur ai pas dit qu'elles resteraient stériles. 

Pendant toute ma carrière criminelle (car plus personne ne pourrait la qualifier de médicale...), j'ai fait de mon mieux pour aider les femmes qui le désiraient à se faire ligaturer les trompes. A renier leur fertilité sacrée. A rejeter leur destin de mère. 

Plus grave encore : je leur ai délivré par tous les moyens - les livres, les journaux, la radio, la télé et surtout par l' ultime émanation satanique, l'internet - des informations pour leur permettre de parvenir à leurs fins. 

Et tout ça, sans être gynécologue. Sans avoir été adoubé par la Sainte Confrérie. 

Le pire, dans tout ça, le pire du pire de l'horreur, c'est que je ne regrette rien. 

Parce que bon, si j'étais membre de la Sainte Eglise Catholique et Médicale, je pourrais à la rigueur me dire que je vais rôtir dans les flammes éternelles de l'Enfer. Manque de pot, je suis né dans une famille juive (qui n'avait pas d'enfer, même dans sa bibliothèque) et je suis athée.
Alors, je m'en tape. 

(Damn ! On ne peut même pas me rayer du tableau de l'Ordre des médecins français : je ne paie plus ma cotisation depuis belle lurette...) 

Et par-dessus le marché, je vais vous dire, Madame la Gynécologue (dont j'ai oublié le nom mais peu importe, vous savez qui vous êtes), non seulement je ne regrette rien de tout ça, mais j'en suis fier. 

Même si je n'avais pas commis tous ces crimes, même si je n'avais fait que "poser des stérilets", j'en serais fier. 

Fier d'avoir posé des stérilets aux femmes de tous les âges qui le demandaient et à qui des "professionnels" (plus titrés et donc plus honorables que moi, certainement) l'avaient refusé. 

J'en suis fier, aujourd'hui comme hier. 

Et je vous emmerde.  


Martin Winckler, alias Marc Zaffran
(Citoyen, écrivant et néanmoins médecin)